Cartes de vœux

Depuis janvier 2026, j’ai commencé à écrire une newsletter (quasi) mensuelle et gratuite, en français. C’est un travail de fonds hyper enrichissant. Il me permet d’entrelacer des sujets militants, des pratiques DIY, des notions scientifiques et un bout de mon quotidien. Je les écris toutes autour d’un fil rouge, qui me permet d’aborder un sujet sous différents angles.

Vous pouvez vous abonner gratuitement juste là, dans cet encart que je n’arrive pas à centrer :

La première avait pour fil rouge les cartes de vœux. Je vous laisse la lire ci-dessous, et retrouver les autres thématiques ici.

Autour d’une carte de vœux
Linogravure, tisane, amitié, militantisme et rituels collectifs.

Juliette Patissier

Je n’ai pas beaucoup de rituels de fin d’année, mais depuis que j’habite en Allemagne, j’en ai adopté un auquel je ne déroge plus : je dessine, imprime, écris et envoie des cartes de vœux linogravées.

La tisane

Les dessins des cartes reflètent souvent ce qui m’occupe. La rétrospective ci-dessus est donc assez représentative de mes sujets de prédilection : des plantes d’intérieur aux écosystèmes sauvages et la cueillette, en passant par la fermentation. Et surprise ! 2026 sera placée sous le signe des tisanes.

Si vous regardez bien, dans ma tisannière de la carte 2026, il y a quatre plantes. Stylisées, je vous l’accorde (c’est de l’art, ok ?). À elles quatre, elles forment un de mes mélanges préféré : fleur de mauve, feuille de cassissier, inflorescence de reine des prés et feuilles de frêne.

J’adore ce mélange parce que :

  • il a un goût incroyable : le frêne, riche en tanins, a une légère âpreté qui fait penser au thé vert. La mauve, riche en mucilage (c’est une substance végétale assez…gluante ! On la trouve dans les graines de chia par exemple), apporte une texture douce en “tapissant” la bouche. La reine-des-prés domine avec des arômes très floraux et une douceur quasi sucrée, tandis que les feuilles de cassis offrent un arrière-goût fruité pour compléter le tout. Voilà pour la critique gastro du jour !
  • la tisane est colorée par la mauve : une infusion courte donne une boisson teintée d’un bleu clair électrique. Pour l’expérience, vous pouvez y mettre une goutte de citron : le mélange deviendra rose pâle, en mode potion magique !
  • c’est un excellent stimulant de mobilité (particulièrement recommandé pour les douleurs articulaires) et j’ai la trentaine, donc…mes genoux me remercient.
  • il est 100% cueillette sauvage friendly ! Toutes ces plantes se trouvent à l’état sauvage. Le frêne est un arbre qui se reconnait facilement grâce à ses feuilles composées et à ses bourgeons très noirs (signe distinctif). Les mauves ressemblent aux roses trémières (c’est la même famille, aussi comestibles) : feuilles velues, fleurs roses à violettes à 5 pétales, stipules (micro-feuille à la basse du pétiole, là où la feuille est connectée à la tige). La reine-des-prés est moins fréquente en ville. Elle pousse souvent les pieds dans l’eau : cherchez des coins humides ! Vous pouvez remplacer les feuilles de cassissier par des feuilles de framboisier ou de ronces, plus faciles à trouver (dans les lisières des bois et forêts).

Tips : en cliquant sur les liens des plantes, vous tombez sur une fiche PlantNet avec une carte, qui vous permet de localiser la plante près de chez vous, là où elle a été observée. Il faudra ensuite attendre la bonne saison !

La linogravure

Retournons à nos carte de vœux. À tout bon rituel sa contrainte technique : elles sont toujours imprimées en linogravure. C’est une technique de gravure très accessible aux débutant.es et peu coûteuse (vous n’avez pas besoin de presse), en particulier pour les petites impressions monochromes.

Les plaques de linogravure sont des tampons. Contrairement à la gravure en taille douce où la partie gravée est ce qui apparaît, la lino nous force à penser en négatif. Ce qui est gravé dans le matériau souple apparaîtra en blanc à l’impression. Là où le matériau reste intact, la couleur apparaîtra. C’est un petit casse-tête qui force à penser aux formes et aux contrastes plutôt qu’en lignes.

La plaque gravée de la carte 2026. Notez le texte à l’envers !

Une fois mon dessin défini, je sors donc de mes tiroirs mon matériel de lino, qui n’a pas vu le jour depuis le nouvel an précédent. Voici mes indispensables :

Viens ensuite mon moment préféré : l’impression ! La joie de voir mon appartement et toutes les surfaces disponibles se recouvrir d’un motif répété, imprimé avec ses petites imperfections et ses variations. J’ai fait ça en écoutant le dernier livre de Fatima Daas, Jouer le jeu, que je recommande !

Chinga la migra

Je ne peux pas vous parler de linogravure sans vous parler du travail de Terah : amie, militante et linograveuse de talent. Sur sa dernière création, en photo ici, on lit “Chinga la migra”, slogan de ralliement en espagnol contre la police migratoire. Cette lino a été gravée en solidarité avec les gens qui luttent contre les frontières factices et leurs conséquences. C’est non exclusivement mais particulièrement d’actualité aux États-Unis en ce moment, où la police de l’immigration (ICE), entre autres, harcèle, expulse, détient, pourchasse, violente et terrorise illégalement des communautés entières. Cette police a tué plus de 30 personnes en 2025 et continue son expansion meurtrière en ce début d’année dans les rues et dans leurs prisons.

Terah vend ces linogravures au format A4 pour 20 € + frais de port (ou plus si vous le souhaitez) et reverse la totalité des bénéfices à des fonds d’entraide à Minneapolis. Écrivez-lui à terahnoll@proton.me

Les ami·es et l’atelier

Une fois mes cartes sèches, c’est le moment d’écrire des petits mots à leur dos. Je passe des heures à penser aux personnes que j’aime, à ce que nous avons partagé l’année passée, à ce que j’espère partager avec elleux cette année. Pas forcément très démonstrative dans la vraie vie, ces cartes sont l’occasion pour moi de verbaliser tout mon amour pour mes proches. Je recommande fort ❤️

Cette année je n’ai pas partagé que des mots : on a fait de ces cartes une expérience collective ! En fin d’année dernière, j’avais organisé un premier atelier chez moi, très informel, où chacun.e avait brodé un badge. Cette fois-ci, après une journée très berlinoise passée à pique-niquer sur un lac gelé, c’était atelier lino ! J’ai acheté quelques gouges en plus, de la plaque pour tout le monde, et réuni une petite troupe de débutant·es et d’initié·es autour de mon grand bureau, un dimanche soir.

On a regardé plein d’exemples (dont les œuvres de mon amie Andrea) pour s’inspirer, puis l’ambiance a été studieuse, tout le monde étant très concentré sur son dessin (et moi très attentive à ce que personne ne se taille le doigt). Au moment de l’impression sont apparus pas mal de petits cris d’excitation ! Les résultats étaient incroyables, et les expérimentations avec les couleurs ont encore illuminé le tout. Après ça c’était décidé : voici un nouveau rituel, celui des ateliers entre ami·es, où l’on partage des savoirs, des techniques, de la soupe et un moment collectif et doux. À voir ce qu’on explorera le mois prochain ! D’un petit rituel perso est né un rituel collectif, et je n’aurais rien pu espérer de mieux.